Gluten : pathologies et régime

 

© 2007 David MonniauxLe gluten est une protéine naturellement présente dans certaines céréales. Il est utilisé à très large échelle par l’industrie agro-alimentaire, pour épaissir et donner du liant aux aliments préparés. Alors que l’allergie au gluten est une pathologie très rare, le nombre d’intolérants explose. La solution ? Le régime sans gluten.

Publié dans Agenda Plus – mars 2014 – pages 31-33

 

Souffrez-vous  de maux d’estomac? De migraines? D’articulations douloureuses? Ou encore d’insomnies? Oui ? Il se pourrait dès lors que vous fassiez partie du 1% de la population belge à souffrir d’intolérance au gluten, maladie irréversible et asymptomatique. Elle aussi appelée maladie cœliaque.

Symptômes multiples et variables : l’intolérance au gluten est difficile à diagnostiquer

Les femmes sont jusqu’à 2 fois plus nombreuses que les hommes à développer la maladie cœliaque. Elle a la particularité de détruire la paroi de l’intestin grêle. Quand se déclare-t-elle ? A n’importe quel moment de la vie. Alors que la majorité des  patients présentent les premiers symptômes vers 40 ans,  20 % des cas sont diagnostiqués après l’âge de 60 ans.

La variété des symptômes de maladie cœliaque complique son diagnostic. Il y a, d’une part,  le syndrome de l’intestin irritable – ballonnements, gêne abdominale, gaz ou troubles à la défécation (le gluten jouant alors un rôle de colle dans les selles) -. D’autres symptômes connus sont l’anémie ferrique, l’ostéoporose, l’ataxie ou la neuropathie périphérique, pouvant se présenter en l’absence totale de symptôme gastro-intestinal.

En cas de suspicion, une prise de sang met en évidence  le taux  d’anticorps anti-transglutaminase IGA spécifiques. Si celui-ci est très élevé, une biopsie de la paroi intestinale est réalisée par endoscopie. La pathologie cœliaque est confirmée par la présence de microvillosités perforant la muqueuse de l’intestin.

Le traitement ? Il n’existe aucun médicament pour soigner cette maladie. La seule solution repose sur une éviction stricte et totale du gluten de l’alimentation.

Le régime sans gluten, en pratique

Le verdict est tombé comme un couperet : maladie cœliaque. A 43 ans, l’existence de Chantal a basculé en mode « sans gluten ». Pour toujours.

Exclure le gluten de l’alimentation au quotidien demande un œil de lynx et une volonté de fer. Constituant de base de la majorité des aliments industriels, le gluten est partout.

Pour le rayer à jamais de sa vie, il faut bannir  les céréales mises en cause (blé, froment, épeautre, triticale, orge, seigle et avoine), sous toutes leurs formes. « Et il est impératif de bien retenir leur nom. En effet, il est rarement spécifié clairement sur les emballages que le produit  contient du gluten. », explique Chantal, intolérante au gluten depuis 7 ans. « Adieu baguette croquante, pizza fleurant bon la Toscane, couscous ensoleillé. Adieu aussi sauces liées, viandes hachées, saucissons, cubes-bouillons … »

Chantal a toujours veillé à s’alimenter sainement, et ce bien avant la découverte de sa maladie. « Le régime est facile à adopter, lorsque l’on a l’habitude de cuisiner et de varier les aliments. Par contre, pour ceux qui aiment manger un sandwich à midi ou des plats préparés au souper, être intolérant au gluten peut se révéler autrement problématique. ». Mais par quoi remplacer la farine de blé traditionnelle ? « Il y a grand choix ! Les fécules de maïs ou de pomme de terre ainsi que la farine de riz ou encore de châtaigne apporteront une touche gustative appétissante. »

Car, oui, dans cette triste ambiance d’abandon alimentaire, il y a une bonne nouvelle : de nombreuses céréales savoureuses sont naturellement exemptes de gluten. Maïs, riz, millet, quinoa, amarante, sarrasin, teff, sorgho, manioc, et autre tapioca peuvent être consommés sans crainte. Les légumineuses (lentilles, pois chiches, pois cassés, haricots rouges et blancs, soja) sont également à déguster sans retenue.

 Le pain, à la mie moelleuse et alvéolée, est sans nul doute l’aliment le plus difficile à égaler en version sans gluten. « Après plusieurs années de tentatives, plus ou moins heureuses, et l’investissement dans une machine à pain spéciale, j’arrive aujourd’hui à faire mon propre pain gris, sans gluten ! » explique Chantal. Et le coût ? « Se nourrir sans gluten est onéreux. J’achète 5 kilos de farine pour  40€. La betterave rouge y remplace le gluten.  En magasin, la plupart des biscuits et autres produits d’imitation  coûtent jusqu’à 2 fois plus chers que leurs cousins avec gluten ». Un mode de vie plus sain qui n’est pas à portée de toutes les bourses. « Sauf si l’on consomme régulièrement des fruits et des légumes frais. » ajoute Chantal dans un clin d’œil.

Quid de l’hypersensibilité au gluten ?

 Le sujet fait débat dans le corps médical : il y aurait des personnes dites hypersensibles au gluten. Elles seraient affectées par le gluten bien plus rapidement que les intolérants, mais ne seraient pas atteintes pas la maladie cœliaque. Les symptômes sont indéfinis.

En l’absence de consensus médical, l’association française des intolérants au gluten met en garde contre ce qu’elle considère comme un phénomène de mode : « Le régime sans gluten est préconisé uniquement chez les personnes qui souffrent d’une pathologie liée à ce produit. En effet, la réintroduction ultérieure de gluten dans l’alimentation d’une personne non malade pourrait alors provoquer une réelle allergie, l’organisme s’étant « déshabitué » à cette protéine.».

Attention aux carences !

Faire la chasse au gluten, ne doit faire oublier que les céréales qui en contiennent, sont également de bonnes sources de fibres, de protéines végétales, de glucides complexes, de vitamines, du groupe B notamment, et de minéraux. Pour éviter des carences désastreuses, il est primordial de veiller à avoir une alimentation équilibrée.

Le sacerdoce du régime sans gluten peut être vu comme une opportunité intéressante permettant de découvrir de nouveaux aliments,  intéressants tant d’un point de vue nutritionnel que gustatif. En quelque sorte, une ouverture sur un nouveau monde de plaisirs palatins.

 Laetitia Theunis