La croissance des mauvaises herbes stimulée par les cultures OGM!

Lors de la pollinisation, la résistance aux herbicides des céréales OGM, peut être transmise aux … mauvaises herbes. Photo © Laetitia Theunis

Via la pollinisation, les mauvaises herbes peuvent acquérir des caractéristiques génétiques propres aux céréales OGM. Développement d’une insensibilité aux herbicides, mais également stimulation de la croissance, augmentation de l’activité photosynthétique et multiplication des graines produites, les effets bénéfiques pour les mauvaises herbes sont légion.

Monsanto, le géant américain des biotechnologies végétales,  a cette faculté de créer, et les problèmes, et les solutions. En effet, face aux effets dévastateurs de son désherbant total sur les cultures, il a trouvé la parade en créant des céréales modifiées génétiquement, insensibles à l’herbicide en question.  De quoi pouvoir anéantir les mauvaises herbes en arrosant allègrement les champs avec du Roundup©, sans aucun risque de voir les productions céréalières se faire exterminer par le serial killer du péril vert.  Mais voilà, la pollinisation faisant son œuvre dans la nature, il se pourrait que cette modification génétique de résistance aux herbicides soit transmise aux … mauvaises herbes!

Le Roundup©, c’est l’habitué des têtes de gondole. Glyphosate de son nom scientifique, il s’agit d’un herbicide non sélectif, capable de tuer tous les végétaux traités, y compris les cultures céréalières. Son mode d’action consiste à bloquer l’activité d’une enzyme, connue sous le nom de EPSP synthase, essentielle à la vie des végétaux.

Création de céréales OGM pour résister aux herbicides

Dès 1996, Monsanto et ses acolytes du génie génétique travaillent sur du riz, du maïs et d’autres céréales modifiées génétiquement dans le but de survivre aux épandages de glyphosate. La stratégie génétique pour éviter les effets délétères dans les cultures consiste à insérer certains gènes étrangers (aussi appelés transgènes) dans le génome des céréales, de sorte qu’elles produisent des enzymes EPSP synthases en surnombre et soient alors capables de résister à l’herbicide.

Via la pollinisation, la résistance aux herbicides est transmise aux mauvaises herbes

La pollinisation est une des voies de reproduction des végétaux. Ainsi, dans la nature, des espèces végétales sauvages, proches parentes avec les céréales, pourraient se voir génétiquement contaminées par du pollen issu de céréales OGM.

Une étude scientifique, publiée ce mois-ci dans la revue New Phytologist, étaye les effets de la  transmission des transgènes, des céréales OGM aux mauvaises herbes.

Au laboratoire, l’équipe de chercheurs a tout d’abord modifié génétiquement des plants de riz cultivés, Oryza sativa, pour qu’ils surproduisent des enzymes EPSP synthases.  Par après, ils ont procédé au croisement entre cette espèce céréalière OGM et un plant de riz sauvage apparenté.  Suite à la fécondation par du pollen de riz OGM, le riz sauvage a vu sa croissance s’intensifier. Il a développé également une importante résistance à l’herbicide glyphosate. Les tests de pollinisation secondaire, réalisés exclusivement entre plants de riz sauvage contaminés, ont montré que la modification génétique, et donc la résistance au glyphosate, se maintenait dans la descendance.

Les chercheurs ont également constaté d’autres bénéfices chez les plants de riz sauvages transgéniques. Ils présentaient des taux plus élevés de photosynthèse, avaient plus de fleurs et produisaient de 48 à 125% de graines en plus par plant, en comparaison avec les plants de riz sauvage non contaminés.

Prolifération des mauvaises herbes

Ces résultats sonnent comme une alarme et font craindre aux auteurs que « le développement des céréales OGM pourrait finalement conduire à une prolifération des mauvaises herbes dans, entre autres, les parcelles cultivées. Les problèmes rencontrés par les agriculteurs du monde entier s’en trouveraient exacerbés.».

Au regard de cette étude, l’inquiétude s’exprime. La diversité génétique naturelle est-elle menacée par les OGM? Et si les espèces transgéniques en venaient à supplanter les espèces naturelles?

Laetitia Theunis

 

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