Le retour de la polio plane sur l’Europe

Polio

Le relâchement des pays européens dans la vaccination et la surveillance de la polio, pourrait bien mener à la résurgence de la maladie. Selon l’OMS, la Belgique est un pays où le risque de polio est faible. Mais son réseau de surveillance pourrait être amélioré.

In Le Soir, 31.10.2013

Terrible maladie des temps anciens, la polio gronde aujourd’hui aux portes de l’Europe. Coup sur coup, deux foyers épidémiques l’ont remise au goût de l’actualité: l’un en Israël, l’autre en Syrie. Les mouvements de personnes sont mondialisés. Les réfugiés sont nombreux. Tous deux font craindre une extension de la contagion.

Avec la vaccination obligatoire, la Belgique est classée parmi les pays où le risque de polio est faible. Une analyse plus fine révèle toutefois un manque de sensibilité de notre système de surveillance de la maladie.

En mai 2013, l’OMS tire la sonnette d’alarme sur la vulnérabilité d’une partie de l’Europe à la résurgence du virus de la polio. Ainsi, l’Allemagne, l’Angleterre, la Pologne, la Croatie, le Danemark ou encore l’Autriche présentent désormais un risque avéré de vulnérabilité à la polio.

Et pourtant, c’est dans la joie, qu’en 2002, l’OMS remettait le titre de « Région exempte de polio » aux 53 pays de l’Europe géographique. De l’Irlande à la Russie, la polio avait été terrassée. Depuis lors, certains pays ont revu la qualité de leurs systèmes de surveillance à la baisse ou ont réduit leurs campagnes de vaccination, laissant la porte ouverte au retour du virus.

Pour lutter contre la polio, il n’existe qu’une seule arme : la vaccination. Elle est obligatoire en Belgique depuis 1966.  Un impératif qui porte ses fruits puisqu’aucun cas de polio n’a été recensé dans notre pays depuis 1979. Quelle raison pousse à continuer à vacciner ? « Contrairement à de nombreux virus, celui de la polio infecte exclusivement l’humain. Avec la vaccination, on peut l’éradiquer de la planète, comme cela a été fait pour le virus de la variole. », explique le Dr Didier Hue, médecin épidémiologue à l’Institut Scientifique de Santé Publique. « Etre vacciné, c’est se protéger soi-même de la maladie. Mais c’est aussi protéger toutes les personnes qui nous entourent. Ainsi, si le virus de la polio est importé dans une population vaccinée à plus de 95%, il arrêtera sa propagation virale de lui-même. En Wallonie, la couverture vaccinale est de 98%, contre 99% en Flandre. ». La protection de la population générale contre une épidémie de polio est, en principe, assurée.

Un réseau de surveillance de la polio ? Oui, mais parcellaire

Pédisurv, le réseau belge de surveillance de la polio, voit le jour en 2002. « Ce réseau sentinelle a pour mission de collecter les cas de paralysie flasque aiguë (PFA) diagnostiqués chez les enfants de moins de 15 ans. » explique l’épidémiologiste de l’ISP. Cette paralysie peut être un des symptômes de la polio, mais n’est pas spécifique de la maladie. Il est alors nécessaire de réaliser des analyses biologiques d’échantillons de selles pour s’assurer de l’absence du virus de la polio chez ces malades. « En tout, ce sont 800 médecins qui participent à ce référencement mensuel. La surveillance de la résurgence de la polio est ainsi menée par 40 % des pédiatres belges et 40% des médecins généralistes bruxellois. ».

Ce système de surveillance ne considère donc pas la totalité des nouveaux cas de PFA survenant sur l’entièreté du territoire belge, chez les enfants de moins de 15 ans. Pour l’OMS, c’est là que le bât blesse. Dans son rapport de mai 2013, l’Organisation va jusqu’à évaluer notre de système de surveillance comme étant de qualité moyenne.

Malgré cela, grâce à un taux élevé de vaccination, et donc d’immunité de la population, l’OMS considère que le risque de polio est faible en Belgique.

La vigilance est accrue

Dès l’identification du virus de la polio dans les selles de 42 personnes en Israël en juin dernier, l’ISP a sensibilisé les acteurs de la santé travaillant avec les réfugiés des zones à risque. Tout un chacun doit être protégé par la vaccination. Il est également impératif d’ouvrir l’œil afin de déceler rapidement les premiers symptômes de la maladie.

L’épidémie de polio qui touche actuellement les enfants du Nord-Est de la Syrie incite à encore plus de vigilance.

Laetitia Theunis