Le venin d’abeille, un arsenal thérapeutique

Le venin d’abeilles est un mélange complexe de composés chimiques aux vertus thérapeutiques prometteuses. Photo © Laetitia Theunis

Qu’importe la douleur.  Dans une clinique de Pékin, des milliers de patients se font  délibérément piquer par des abeilles, dans l’espoir que le venin inoculé les soigne d’une maladie bénigne ou du cancer qui les ronge.

« Grâce aux piqûres d’abeilles, j’ai soigné des milliers de patients atteints de maladies allant de l’arthrite au cancer, tous avec des résultats positifs » déclare le Dr Wang Menglin, apiponcteur dans une clinique de Pékin. « Je suis devenu bien plus fort en un an », surenchérit un de ses nombreux patients, atteint d’un cancer au poumon et au cerveau, et persuadé d’avoir augmenté son espérance de vie, grâce aux piqûres d’abeilles.

Très loin d’être une nouvelle tendance de la branchitude médicale, l’apiponcture est une discipline ancestrale de la médecine chinoise, parente de l’acuponcture, où les dards des abeilles ont remplacés les aiguilles.

Espoir de thérapie anticancéreuse ?

De nombreuses équipes scientifiques planchent sur le sujet. Leur attention s’est focalisée sur la mélitine, molécule chimique présente dans le venin des abeilles.

Au laboratoire, des injections de mélitine ont été administrées à différents types de cellules cancéreuses. Les résultats, publiés récemment, sont plus qu’encourageants. Il ne fait aucun doute que la mélitine est toxique pour un large spectre de cellules tumorales. Certaines prolifèrent moins, d’autres voient leur croissance totalement inhibée, d’autres encore sont mises à mort et détruites par l’action du venin d’abeille.

Je vous vois trépigner. Qu’attend-on alors pour généraliser ce remède thérapeutique ?

Si la mélitine est toxique pour de nombreuses cellules tumorales, elle l’est malheureusement tout autant pour les cellules saines. Pour une utilisation thérapeutique, les scientifiques doivent d’abord faire en sorte qu’elle ne s’attaque qu’exclusivement aux cellules malades. Pour ce faire, l’idée actuelle est l’utilisation de nanoparticules comme véhicules de livraison, capables de transporter en toute sécurité une quantité importante de mélitine ​​par voie intraveineuse, et de cibler et tuer les tumeurs. 

D’autres vertus médicales du venin d’abeilles

Non content de nous donner de beaux espoirs dans la thérapie anticancéreuse, le venin d’abeilles pourrait se voir jouer un rôle d’importance dans la lutte contre le SIDA. En effet, en mars dernier, des chercheurs américains ont montré qu’en présence de mélitine, le pouvoir infectieux du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) était inhibé par la destruction de son enveloppe protectrice.

 « Il n’y a là rien d’extraordinaire », explique le docteur Albert Becker, président de l’Association francophone d’apithérapie,  « le venin est un savant mélange contenant différents composants cytotoxiques, la mélitine n’est que l’un d’entre eux. D’autres composés du venin ont des propriétés anti-inflammatoires, soulageant les rhumatismes et l’arthrose. »

Le venin semble être, à lui seul, un véritable arsenal thérapeutique. Raison supplémentaire, s’il en fallait, pour s’inquiéter de la disparition massive des abeilles ?

Laetitia Theunis

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