Pierre Rabhi : « Cultiver son potager, c’est poser un acte de résistance ! »

 

Pierre Rhabi, fondateur des oasis en tous lieux, est profondément inquiet pour les générations futures. « Les êtres humains doivent se regrouper et unir leurs efforts. ». Photo © Laetitia Theunis

 

Liège, 03/10/13.  « Notre planète nourricière, ce bel oasis, les hommes n’ont  de cesse de le transformer en enfer. De cet écrin, mes semblables ne voient qu’un gisement à piller. » De sa voix douce, Pierre Rabhi donne d’emblée le coup de semonce. Si le comportement de l’humain est dévastateur pour la Terre, il l’est tout autant pour l’avenir de son espèce.  

Point ici de doctrine écologiste au regard moralisateur ou de rejet en vrac de l’espèce humaine. Pierre Rabhi est un humaniste, engagé pour l’avenir. Profondément inquiet du legs aux générations futures, il en appelle à « l’insurrection des consciences ».  A force de courir vers la croissance infinie, quelle planète leur laisserons-nous? « Ne transmettrons-nous à nos enfants que des problèmes à résoudre ? N’auront-ils droit qu’à l’état de « non-vie »? ».

« L’air pur ne se met pas dans un bilan comptable »

A peine a-t-il fait quelques pas dans le monde du travail que Pierre Rabhi refuse d’ « aliéner toute son existence contre un salaire. ».  En homme libre, il veut prendre part à la plus belle activité humaine qui lui semble pouvoir être : nourrir ses semblables. Remettant en cause les valeurs du productivisme, il cultive la terre en phase avec les cycles de la nature, sans apports extérieurs. « En usant des engrais, des pesticides, des machineries lourdes, l’agriculture moderne détruit la vie ».

Avec son épouse, ils acquièrent une ferme paisible en Ardèche. Eleveurs de brebis, marchands de fromages et praticiens du bio-compostage, petit-à-petit, ils tendent vers l’autosuffisance des ressources. Le milieu est rude, peu enclin à des rendements agricoles exceptionnels. Mais l’environnement est majestueux. L’octroi de leur emprunt bancaire n’est pas une sinécure. « C’est que l’air pur, pour un banquier, ça n’a pas de valeur marchande !».

Il nous faut prendre conscience de notre inconscience!

Durant les mois d’hiver, Pierre Rabhi quitte la ferme pour le Burkina-Faso. Les élèves y affluent pour suivre ses formations en agro-écologie, et apprendre à redevenir maîtres de leurs terres.  A la fin des années 70, la méthode de production outrancière montre déjà ses limites : la famine fait rage en Afrique. « A cause de la mondialisation, les paysans africains sont enchaînés à vie. On les presse à produire à hauts-rendements, à abuser des engrais. Mais pour une tonne d’engrais, il faut 5 tonnes de pétrole ! ». Dans la savane, le petit fermier est, bien malgré lui, soumis aux cours monétaires globaux. Il est également la première victime des événements climatiques cataclysmiques.

Des oasis en tous lieux

« Une sécheresse très dure s’abat sur le Sahara. Nous sommes au début des années 80, le couvert végétal brûle. En l’absence d’herbes, les troupeaux meurent rapidement. Les agriculteurs sont affamés. Et puis viennent les pluies, torrentielles, emportant avec elles un sol déjà tant meurtri. ». Pour aider les paysans burkinabés à se relever, Pierre Rabhi crée un campement hôtelier couplé à une zone de création-formation en agro-écologie.  « L’argent issu du tourisme est entièrement dévolu au développement solidaire d’un agriculture saine et libératrice. ».

De cette expérience naît le mouvement des oasis en tous lieux. « Là, se fait le lien entre les gens qui ont de l’expérience, ceux qui ont des projets et ceux qui ont des ressources. Chacun apportant sa richesse». Aujourd’hui, 15 villages français font partie intégrante de ce programme. Ils développent des initiatives solidaires mettant l’humain et le recours à la terre nourricière au cœur de la vie sociale. Selon Pierre Rabhi, « L’avenir est là ».

Les politiques actuelles ?  « C’est de l’acharnement thérapeutique sur une société en train de mourir. ». Les solutions se trouvent dans la société civile.

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